À Cimiez, certaines résidences contemporaines dissimulent une histoire insoupçonnée. Là où s’élève aujourd’hui la résidence Ciel de Cimiez, se dressait autrefois une demeure d’exception : la Villa Val Joli. Disparue à la fin du XXe siècle, elle reste pourtant l’un des symboles oubliés de l’élégance architecturale qui a façonné le quartier.

Retour sur une page méconnue du patrimoine de Cimiez, entre grande bourgeoisie industrielle, ambition politique et inspiration versaillaise.

 

`Des terres aristocratiques aux ambitions bourgeoises

Dans les années 1860, la famille Caissotti de Roubion possédait un vaste domaine s’étendant de la route de Falicon au chemin de Brancolar, dominant le vallon de Valrose. 

Ce territoire encore rural offrait alors de vastes perspectives sur les collines niçoises.

Il faut attendre 1913 pour qu’une parcelle de 19 000 m² soit cédée par Caroline Caissotti de Roubion, épouse Rozy, à Ernest Seydoux. 

Le terrain est vierge, mais sa situation exceptionnelle laisse déjà présager une réalisation ambitieuse.

Originaire de Suisse, la famille Seydoux avait bâti sa fortune dans l’industrie textile au Cateau-Cambrésis, à la tête d’une entreprise employant plus d’un millier d’ouvriers. Né en 1860, Ernest Seydoux ne se contente pas de l’héritage industriel : il mène également une carrière politique et devient député.

Avant la Première Guerre mondiale, il choisit Nice pour résidence. Installé à la Villa Albertina avec son épouse Marie Monnod, il s’implique activement dans la vie municipale niçoise, notamment sous la présidence du général François Goiran.

 

Une villa inspirée du Grand Trianon

C’est dans ce contexte que naît la Villa Val Joli, au cœur d’un Cimiez en plein essor résidentiel.

L’architecture de la demeure s’inspire ouvertement du Grand Trianon de Versailles, tout en conservant une échelle plus intime et adaptée au paysage méditerranéen. La villa s’organise en terrasses descendant le long de la colline, profitant pleinement de la lumière et des perspectives.

Sa façade côté route se distingue par une élégante ordonnance classique : colonnes ioniques, stucs délicats représentant lyres et guirlandes de roses, balustrades bordant le toit-terrasse, vasques fleuries ponctuant l’ensemble…

Le portail monumental, plus sobre que celui de Versailles mais tout aussi affirmé, confère à la propriété une présence majestueuse.

Sous le soleil de Nice, la pierre claire et les ornements sculptés prenaient une dimension presque théâtrale, incarnant parfaitement l’art de vivre qui caractérisait alors Cimiez, quartier privilégié de la haute société.

 

La disparition d’un joyau de Cimiez

Ernest Seydoux vécut à la Villa Val Joli jusqu’à son décès, le 25 décembre 1942.

Mais comme tant d’autres demeures emblématiques du quartier, la villa ne traversera pas le siècle. En 1989, elle est démolie et laisse place à une résidence contemporaine : Ciel de Cimiez.

 

Si le bâtiment a disparu, son souvenir demeure dans la mémoire patrimoniale du quartier. La Villa Val Joli reste le témoignage d’une époque où Cimiez conjuguait élégance architecturale, ambition sociale et raffinement paysager — une période où l’art de vivre niçois s’exprimait jusque dans les moindres détails des façades et des jardins.

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