Perchée à mi-pente sur les hauteurs de Nice, la Villa du Coteau — que l’on a aussi connue sous les noms de villa Boutau, château Carabacel ou encore résidence Carabacel — semble porter dans ses murs les différentes époques qu’elle a traversées. En 1872, cette demeure remarquable est acquise par Joseph Boutau, parfumeur talentueux devenu conseiller municipal, dont le parcours ascendant reflète à merveille l’élégance et l’ambition de la propriété.
À l’époque, le domaine est vaste. Quatre bâtiments se répartissent sur la colline, reliés par des jardins et des allées qui ouvrent des perspectives sur la ville et la mer. Au fil des décennies, le lieu change de nom, se transforme et s’adapte à de nouveaux usages. Ce qui fut un domaine privé deviendra tour à tour une annexe de l’Hôtel Hermitage puis, plus tard, une résidence en copropriété.
Joseph Boutau n’était pas né dans le confort. Issu d’un milieu modeste, il bâtit sa fortune grâce à son savoir-faire dans l’art de la parfumerie et à des alliances matrimoniales habiles. Patience et ambition lui permettent peu à peu de constituer un domaine considérable, en rachetant maisons et terrains aux propriétaires voisins. La demeure principale, élégamment coiffée d’une tourelle et dominant le paysage, reçoit alors le nom de château Carabacel. Autour d’elle, d’autres constructions jalonnent le boulevard Carabacel et le chemin de Saint-Charles, comme autant de pièces formant l’écrin de la propriété.
Le château devient rapidement un lieu de séjour recherché. Parmi ses hôtes figurent des visiteurs de marque, dont la famille royale du Wurtemberg. Pour accueillir dignement ces invités prestigieux, Boutau entreprend d’importants travaux d’embellissement, efforts qui lui vaudront plusieurs distinctions honorifiques.
Mais la villa n’est pas seulement un symbole de réussite sociale. Elle devient aussi un lieu de vie intellectuelle et artistique. Le banquier Henri Germain et son épouse y organisent des salons réputés, où écrivains, musiciens et personnalités mondaines se rencontrent. Dans ces pièces ouvertes sur la lumière niçoise, conversations brillantes et inspirations nouvelles se mêlent aux échos de la musique.

À la disparition de Joseph Boutau, le domaine change peu à peu de destin. Morcelé et vendu par lots, il voit ses bâtiments se transformer en résidences ou en établissements hôteliers, comme le pavillon Hermitage, rattaché à l’Hôtel Hermitage. Ainsi, ce qui fut autrefois le refuge privé d’un notable niçois s’est progressivement métamorphosé en un ensemble résidentiel et hôtelier. Pourtant, derrière ces nouvelles façades de vie quotidienne, demeure l’empreinte d’un passé prestigieux — et peut-être encore, dans le silence des jardins, l’écho lointain des salons où l’on parlait littérature, musique et monde.

