À l’angle de l’avenue Gustave-Nadau et de l’avenue Villébois-Mareuil s’élevait autrefois l’une des demeures les plus remarquables de Cimiez : la Villa Trianon.
Son histoire prend véritablement forme au début du XXᵉ siècle. Après la cession d’une partie du domaine au docteur Thon, le terrain est acquis en 1909 par Manuel Maria de Medina Pomar y Maritégui, duc de Medina Pomar, aristocrate espagnol installé avenue de Wagram à Paris. Il débourse alors 152 000 francs pour cette propriété et entreprend aussitôt d’y faire construire une résidence d’exception.
Baptisée Le Trianon, la villa est conçue comme une réplique du Petit Trianon de Versailles, dont elle reprend l’élégance classique et l’esprit architectural.
Orientée plein sud, la demeure imposait par ses proportions, avec près de 33 mètres de longueur pour 19 mètres de largeur. De larges escaliers permettaient de rejoindre un élégant jardin à la française, ponctué de statues inspirées de celles du domaine de Versailles.
À l’intérieur, le rez-de-chaussée était entièrement pensé pour la réception. Ses vastes salons accueillaient les nombreux invités du duc lors de ses séjours sur la Côte d’Azur. Les deux étages supérieurs, ouverts sur une grande terrasse bordée de balustres, étaient quant à eux réservés aux appartements privés.

Un haut lieu de la vie mondaine de la Belle Époque
La Villa Trianon devient rapidement l’un des lieux emblématiques de la vie mondaine de Cimiez. Les chroniques de la Belle Époque relatent régulièrement les réceptions organisées par le duc de Medina Pomar dans ce cadre particulièrement prestigieux.
Personnalité reconnue de la société de la Riviera, le duc ne se distingue pas seulement par le faste de ses réceptions. Il est également connu pour son engagement auprès de différentes œuvres de bienfaisance.
Il s’éteint dans sa villa de Cimiez le 24 juin 1919, sans descendance. Dans son testament, il prévoit notamment un legs considérable de 500 000 francs au profit de la Fondation Pauliani et de plusieurs associations caritatives.
Son héritier universel, Georges Petitot, également de nationalité espagnole, hérite de la Villa Trianon ainsi que de trois hôtels particuliers appartenant au duc à Paris.
Plusieurs propriétaires avant la Seconde Guerre mondiale
En avril 1920, moins d’un an après la disparition du duc, la propriété est vendue à Moïse Caldéron, commerçant parisien.
Celui-ci ne la conserve que quelques années. En 1922, il la revend avec une importante plus-value à la Société Civile Immobilière de Cimiez.
La demeure traverse ainsi les premières décennies du XXᵉ siècle avant de connaître, pendant la Seconde Guerre mondiale, une période beaucoup plus sombre.
La Villa Trianon réquisitionnée par la Gestapo
En septembre 1943, la Villa Trianon est réquisitionnée par l’état-major de la Gestapo, qui y installe son quartier général.
Le site est alors placé sous le commandement du docteur Gerhard Kiel et du sous-lieutenant Theodor Schorer. Le faste et les réceptions de la Belle Époque laissent ainsi place à l’une des périodes les plus tragiques de l’histoire de la demeure.
Après la guerre, la villa ne retrouve jamais véritablement son lustre d’autrefois. Ses dimensions et le coût important de son entretien finissent par condamner l’édifice.
Une demeure disparue, mais un nom toujours présent à Cimiez
En 1954, la Villa Trianon est finalement démolie.
À son emplacement est construite une résidence de trois étages qui conserve le nom de Trianon, faisant perdurer, aujourd’hui encore, le souvenir de cette propriété exceptionnelle.
Disparue du paysage de Cimiez, la Villa Trianon demeure ainsi le témoin d’une époque où le quartier accueillait aristocrates, grandes fortunes et hivernants venus de toute l’Europe. De la splendeur de la Belle Époque aux heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, son histoire résume à elle seule une partie des profondes transformations qu’a connues Cimiez au cours du XXᵉ siècle.
Sources et iconographie : article rédigé à partir de l’ouvrage de Michel Massimi, Cimiez, son histoire, hôtels, Palais et Villas. Photographie reproduite à partir de ce même ouvrage.

